On s'estime lésés, malhabiles, malvenus. Parvenus. Trop d'erreurs. Futiles. Fugaces. On oublie. On se sécurise. Le code est secret. Il est surtout perdu. Impossible de retenir. On tente d'expliquer qu'on a pas fait exprès. "Je...je ne voulais pas...c'est le PC". Sourires en coin. Insultes. Un jour, on se fera frappé. Et on se dira qu'on l'a bien mérité. Car on est rien (que de la merde)....
....Chair à canon. Rentabilité. Productivité. Précarité. Ca sonne comme un slogan de manifestation. C'est peut-être parce que c'en est un. On s'obstine à bien faire...
...On me demande de garder la main sur l'ampoule. Je le fais. Ils aiment l'odeur. Moi j'ai mal. Je ne dis rien. La douleur remplace celle de la mâchoire. Qui elle-même remplace celle des ongles arrachés. La fuite est fortuite. "Si tu pars on te retrouvera. Et alors tu ne seras plus libre." Je préfère être libre. J'ai quand même le droit à trente minutes de sortie par jour. Je préfère être libre. Les autres qui ne sont pas libres, on les voit plus. On nous a dit que le temps que l'on remarque qu'ils n'aient plus aucune vélleité de départ, ils devaient être gardés. Pour certains, ce qu'on mange le midi, ce sont eux. Alors, ils ne mangent plus, ou jettent ce qui ressemble à de la viande. Moi, je n'en pense rien. Et je n'arrive pas à faire la différence entre ce qui est de la viande et ce qui n'en est pas. Je préfère être libre. Vous comprenez, à 87 ans, je le mérite.